CFP: Colloque jeunes chercheurs en philosophie des sciences

Appel à communication

L’association des étudiants et jeunes chercheurs en philosophie et histoire des sciences de Paris (EPISTEMIX) s’associe cette année à l’équipe d’accueil « Philosophie des normes » de l’Université de Rennes 1 pour organiser un workshop sur la thématique de la « Philosophie des sciences » les 23 et 24 mai 2013. Il s’agit de la réédition d’une manifestation réunissant chaque année, dans une université francophone, des jeunes chercheurs issus principalement, mais non exclusivement, de séminaires et d’équipes de recherche travaillant dans les domaines de la philosophie et de l’histoire des sciences. La première édition s’est tenue en septembre 2012 à l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne). La présente édition se tiendra en mai prochain à l’UFR de Philosophie de l’Université de Rennes 1. Elle est parrainée par la Société de Philosophie Analytique (SoPha), ainsi que la Société de Philosophie des Sciences (SPS).

Interventions de chercheurs académiques invités

  • Filipe Drapeau Viera Contim (Université de Rennes 1), « La théorie causale de la référence s’applique-t-elle aux termes de taxon? »
  • Max Kistler (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), « La causalité a-t-elle une place en physique? »

Toutes les informations sont à cette adresse :

http://philosci2013.sciencesconf.org/

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La philosophie de David Lewis

La revue Klesis vient de publier un numéro consacré à la philosophie de David Lewis. Le numéro est édité par Yann Schmitt. On y retrouve diverses contributions, principalement consacrées au réalisme modal, à la théorie des contreparties ainsi qu’à d’autres aspects des modalités. Les contenus sont accessibles en ligne gratuitement comme toujours chez Klesis.

http://www.revue-klesis.org/

 

« La philosophie de David Lewis »

 

Sous la direction de Yann Schmitt

David Lewis : la vie d’un philosophe
Michele Salimbeni

La vérité dans la fiction
David Lewis

Le déversoir modal
Stéphane Chauvier

Survenance humienne, physique et métaphysique : Disposition, structure et connexion
Frédéric Nef

L’essence en contexte
Filipe Drapeau Vieira Contim

Le réalisme modal de David Lewis nous condamne-t-il à la souffrance éternelle ?
Jiri Benovsky

Comment peut-on violer les lois de la nature ?
L’argument compatibiliste de David Lewis
Ghislain Le Gousse

Analyse conceptuelle et connaissance phénoménale
Pascal Ludwig

La convention : ce que Lewis doit (ou non) à Hume
Eléonore Le Jallé

Les conventions sans la connaissance commune ?
Paul Egré et Olivier Roy

Les dilemmes éthiques selon David Lewis : Est-il possible d’échapper au paradigme kantien ?
Isabelle Pariente-Butterlin

De l’usage des mondes possibles en théorie de la fiction
Nancy Murzilli

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Atomes de matières ou continuité

Vraisemblablement, le monde peut être décomposé en des parties. Ces parties peuvent avoir différentes tailles. Une question intéressante est de savoir s’il existe des parties fondamentale possédant une taille minimale, en ce sens que rien ne peut être plus petit que ces parties. La matière admet-elle ce genre de parties minimales, des atomes ? La matière est-elle composée d’entités possédant un volume minimal ? Ou la matière est-elle au contraire continue, pouvant infiniment et arbitrairement être divisée en des parties toujours plus petites ? Il convient de noter que le terme « atome » s’entend ici au sens méréologique et non au sens physique. Ce que les physiciens appellent des atomes ne sont pas des atomes méréologiques, un atome méréologique étant une entité simple, une entité qui n’admet pas de parties propres. Les atomes sont composés d’électrons et de noyaux eux-mêmes composés de neutrons et de protons, ces derniers étant à leur tour composés de quarks. Les électrons et les quarks sont ce qui se rapproche le plus des atomes méréologiques, mais il n’est pas évident de savoir si ces entités sont vraiment des entités fondamentales, ou si nous ignorons pour l’instant ce qui les compose.

Nous concevons la matière assez naturellement à l’aide de ce schème discrétiste. Mais il est loin d’aller de soi que la matière soit réellement composée d’atomes. Les quarks et les électrons sont souvent décrits comme des particules-points associées à des ondes. Selon l’hypothèse de De Broglie, à toute particule est associée une onde (Hypothèse de de Broglie). Je n’ai guère les compétences pour saisir ce que sont ces ondes, mais il est intéressant de noter qu’il existe une scission entre deux interprétations radicalement opposées. Selon la première ces ondes n’existent pas physiquement, mais uniquement mathématiquement. Selon l’interprétation mathématique en effet, l’onde n’est pas une entité physique, mais une entité mathématique, une fonction d’onde qui donne la probabilité d’observer la présence d’une particule lors d’une mesure. Selon l’interprétation physique (par exemple l’interprétation de Bohm de la mécanique quantique) ces ondes existent et sont bien réelles, allant dans le sens d’une approche continuiste de la matière. En admettant l’existence physiques de telles ondes, ou bien l’on adopte un schème dualiste selon lequel et les ondes et les particules existent, la matière étant composée par des atomes et des ondes, ou bien un schème moniste selon lequel seules les ondes existent, le concept de « particule » ne ciblant pas les articulations authentiques de la réalité physique.

Mais l’une des découvertes les plus passionnantes en physique au XXème siècle est la quantification de certaines grandeurs physiques. Celles-ci sont quantifiées en ce sens qu’elles ne peuvent pas prendre n’importe quelle valeur. Il existe des valeurs limités que peut prendre la variable considérée, la variable ne pouvant pas prendre de valeurs intermédiaires entre ces valeurs. Par exemple, un électron orbitant autour d’un noyau ne peut pas occuper n’importe quelle distance par rapport au noyau, il existe des orbites définies, l’électron ne pouvant en quelque sorte que se téléporter de l’une à l’autre, sans jamais occuper une position intermédiaire (selon le modèle semi-classique de Bohr de l’atome, modèle qui fait la transition entre le modèle planétaire classique de l’atome, et le modèle quantique du nuage de probabilité). Ces quantifications vont plutôt dans le sens d’une conception atomistique de la matière, en ce sens qu’il semble exister une pluralité de grandeurs physiques qui varient de façon discrète.

D’un point de vue empirique, il n’est donc pas clair de comprendre ce que nous dit la physique sur la structure de la matière. En tout cas, les métaphysiciens utilisent volontiers le schéma atomistique pour poser des problèmes de fondamentalité, ou de composition. Ce billet en annonce un autre, sur l’idée que l’espace et le temps eux-mêmes peuvent être discrets ou continus.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Individus physiques et biologiques

Un colloque aura lieu à Paris en mai 2012 sur le thème des individus en physique et en biologie. L’idée est de voir si un rapprochement entre les deux domaines de la philosophie de la physique, et de la philosophie de la biologie, est possible, en adoptant une approche métaphysique plus générale : http://individuals2012.sciencesconf.org/ . Je propose ici une approche de ce que sont les individus physiques et biologiques, en m’appuyant sur une métaphysique qui révise le sens commun, en acceptant que les objets et les propriétés macroscopiques n’existent pas. Il est souvent intéressant de faire un zoom arrière pour essayer de comprendre comment les approches locales de problèmes philosophiques peuvent se combiner en une approche plus générale (Bennett, 2011). Le statut des individus en physique (électrons, quarks, etc…) et en biologie peut être appréhendé comme un exemple d’une telle situation : qu’est-ce qu’un individu en général ? Quelles sont les caractéristiques ontologiques communes à des individus physiques et des individus biologiques ?
Je propose une réponse radicale : les individus sont des propriétés. Les objets et les organismes n’existent pas, ou plus exactement, l’unité et l’essence de ces objets ne sont que des conventions linguistiques, qui ne possèdent pas de contreparties ontologiques. La réalité physique est un espace-temps peuplé de propriétés micro-physiques, and that’s it.

Les individus sont alors non pas les objets du sens commun, mais les propriétés identifiées à des tropes localisées dans l’espace-temps. Comment faire sens d’une propriété, si ce n’est pas la propriété d’un objet ? L’idée ici est qu’une propriété est une entité localisée dans l’espace-temps. J’appelle cette théorie une théorie géométrique de l’instanciation : exister pour une propriété, c’est être une valeur associée à des coordonnées spatio-temporelles. Par exemple, dans une ontologie de champs, les propriétés fondamentales sont les valeurs des champs électromagnétiques, gravitationnels, nucléaires fort et faible localisées dans l’espace-temps. Les objets sont constitués par conventions linguistiques : les objets n’existent pas dans le monde, indépendamment de l’esprit, mais sont le résultat de conventions linguistiques qui viennent regrouper des distributions de propriétés micro-physiques dans l’espace-temps, en les subsumant sous un concept. Ce modèle est ce que Jonathan Schaffer (2009) appelle super substantivalisme éliminativiste, un modèle défendu par Mark Heller (2008).

Dans ce modèle, les individus de la biologie n’existent pas. La physique traite de certains individus, mais ce ne sont pas ceux que l’on croit : ce ne sont pas les électrons, ou les molécules. Ce sont les propriétés micro-physiques fondamentales.

Derrière mon modèle métaphysique se cache une intuition très forte, l’intuition que les relations d’enracinement (ce que Bennett appelle relations de constructions (bundling relations), voir Bennett, 2011) entre différents niveaux ontologiques n’existent pas. La matière ne constitue pas une statue. Le mental n’émerge pas et ne survient pas sur le physique (au sens fort de la survenance). Les propriétés esthétiques ne sont pas enracinées par les propriétés naturelles. Les objets et les propriétés macroscopiques n’existent pas en vertu de la distribution de propriétés micro-physiques dans l’espace-temps. Je défends ainsi ce que Bennett (à paraïtre) appelle flatlandism, un monde plat. Un monde sans niveaux de réalité. Un monde dénué d’entités qui existent en vertu d’autres entités, sans entités dont l’existence est déterminée de façon non causale par d’autres entités. Cette idée de détermination non causale est importante, car elle implique une détermination supplémentaire dans son ontologie, parfaitement distincte de la détermination causale (voir Audi, à paraître). Un monde plat permet d’éviter de s’appuyer sur cette notion de détermination non causale, la relation d’enracinement. Les niveaux sont alors des niveaux de descriptions des propriétés micro-physiques : nous utilisons différentes conventions linguistiques pour regrouper les propriétés micro-physiques en paquets. Certains paquets contiennent relativement peu de propriétés, ce sont les particules de la physique, d’autres regroupent plus de propriétés, ce sont les individus de la biologie, les organismes.

Références :

Audi Paul (à paraître), « A Clarification and Defense of the Notion of Grounding », To appear in Fabrice Correia and Benjamin Schnieder, eds., Grounding and Explanation (Cambridge University Press). http://www.paulaudi.net/Audi_Clarification_of_Grounding.pdf
Bennett Karen (à paraître), “By Our Bootstraps”, Philosophical Perspectives.
Bennett Karen (2011), « Construction area (no hard hat required) », Philosophical Studies, 154:79–104.
Heller Mark (2008). “The Donkey Problem”. Philosophical Studies, 140 (1):83 – 101.
Schaffer Jonathan (2009), “Spacetime the One Substance”, Philosophical Studies, 145:131–148

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Nouveau numéro de la REPHA

REPHA 4 Le numéro 4 de la REPHA vient de sortir. J’ai participé à ce numéro en présentant et traduisant un article de Ted Sider paru originellement dans la revue Analysis. Cet article ne traite pas du temps, mais d’ontologie fondamentale et de philosophie des modalités : l’une des questions qui y est interrogée est celle de la possibilité métaphysique des gunks, des substances qui ne sont pas composées d’atomes méréologiques. En fait cela explique que je ne publie plus beaucoup sur ce site en ces jours : bien que travaillant dans un cadre éternaliste, je m’intéresse à l’ontologie des propriétés, des objets, et des modalités, afin de construire une métaphysique systématique qui permette de rendre compte de l’ouverture du futur dans un système éternaliste.

 

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Francis Wolff sur le présent objectif

En réaction à une vidéo de Francis Wolff sur l’objectivité du temps, réalisée et hébergée sur le site de Céline RUFFIN-BAYARDIN (qui travaille également sur le temps), voici une défense de la théorie de l’univers-bloc contre un argument qu’il formule envers l’idée que le présent possède une spécificité ontologique. La vidéo se trouve à cette adresse.

Francis Wolff donne un argument logique. Mais il reste que la physique nous décrit un espace-temps minkowskien, dans lequel il n’est guère possible de trouver un plan de simultanéité qui soit plus objectif que les autres, et il ne semble guère facile de définir « une » objectivité du présent.

Examinons son propos. Le passé est réel, mais le présent est plus que réel « réellement réel », « réel actuellement ». Cette dernière caractérisation « réel actuellement » doit pousser au scepticisme. En effet qu’entend Francis Wolff par cette expression ? Il est probable qu’ici actuel soit synonyme de « présent ». Ce qui est présent est donc ce qui est réel présentement. Dans ce cas là, c’est une trivialité, qui signifie simplement que ce qui est localisé dans le présent, est ce qui réel. Ou alors cela revient à défendre l’idée qu’il y a des degrés de réalité, avec un passé un peu réel, et un présent très réel. C’est une idée étrange. Il semble plus compréhensible d’affirmer que soit une chose existe, soit elle n’existe pas, pas que les choses existent plus ou moins, ou sont plus ou moins réelles.

On peut également s’interroger sur la définition du présent qu’il attribue au théoricien de l’univers-bloc, comme « présent relatif à une conscience », qui n’aurait pas de sens indépendamment d’une conscience. Il me semble que c’est inexact. Imaginons que l’on fasse voyager un robot dans le passé, à une époque où il n’existe pas d’êtres conscients, et admettons que celui-ci possède cun programme informatique lui permettant de s’orienter dans l’espace. On pourrait le programmer à l’aide d’une logique temporelle. Pour un théoricien de l’univers-bloc, il est tout à fait possible de définir un présent relatif à ce robot, même s’il ne possède pas la moindre trace de conscience. La distinction entre passé, présent et futur, fait sens pour un théoricien de l’univers-bloc. Elle permet de traiter l’information de manière efficace et rapide, en catégorisant comme passé ce qui a lieu avant le traitement de l’information, comme futur ce qui aura lieu après le traitement de l’information par le robot, et comme présent, le résultat du traitement de l’information afin de diriger les fonctions motrices du robot.

Mais passons à l’argument logique que Francis Wolff avance en faveur de sa thèse selon laquelle qu’il y a une objectivité du présent.

Il y a en effet une asymétrie entre le couple conceptuel ici/là-bas et maintenant/à un autre moment.
Dans le cas spatial, j’ai la possibilité de me déplacer, et donc la localisation spatiale dépend de moi. Soit. Dans le cas temporel, je n’ai pas la possibilité de me déplacer à un autre instant du temps. Il y a en effet une asymétrie : un agent peut affecter sa localisation spatiale, et non sa localisation temporelle. Que peut-on déduire de cette asymétrie ?

Selon lui c’est un « argument purement logique » en faveur de la thèse selon laquelle il y a une objectivité du présent. Pour résumer son idée est donc que puisqu’il n’est pas possible d’affecter sa localisation temporelle, c’est que l’instant présent est objectif.

Mais remarquez que dans un univers-bloc, une personne n’est pas identifiée à ce qu’elle est dans le présent, mais à ce qu’elle est dans le passé, le présent et le future. Un individu n’est pas un être temporellement instantané, mais un vers spatio-tempore. Tout comme il a des parties spatiales (des bras, des jambes), il a des parties temporelles (l’enfance, la vieillesse, ou des parties instantanées, comme un aniversaire). Et dans ce cadre théorique, il est également vrai qu’il est impossible d’affecter sa localisation temporelle. Le fait que l’on ne puisse pas affecter sa localisation temporelle est un fait, qui montre que nous subissons le temps au sens où au contraire nous ne subissons pas notre localisation spatiale. Mais cela n’implique aucunement que le présent a une objectivité. Le présent est simplement notre perspective sur le temps (perspective que nous subissons), comme l’ici est notre perspective sur l’espace (perspective que nous sommes libres de modifier).

Francis Wolff affirme ensuite que cet argument suffit à montrer que les termes comme « je » ou « ici », termes qui réfèrent respectivement à la personne qui utilise le terme, et à l’endroit où est utilisé le terme, ont un comportement sémantique différent du terme « présent » qui lui réfère à un trait objectif de la réalité. Il faut préciser, car le terme « présent » est un terme indexical tout comme les autres. Ce que défend Wolff c’est que, non seulement le terme « présent » capture l’instant contemporain de son utilisation, mais que cet instant une spécificité ontologique, il existe d’une certaine manière spéciale.

Mais, son argument montre seulement que la dimension temporelle n’a pas la même structure que les trois dimensions spatiales. J’argumente au contraire que du fait que l’on ne puisse pas choisir sa localisation temporelle, il n’est pas permis logiquement d’inférer que le présent à une spécificité quelconque. Pour filer la métaphore spatiale, ce n’est pas parce que l’on est prisonnier dans une pièce, que l’on peut logiquement inférer que la pièce a une spécificité quelconque dans l’espace, que cette petite pièce dont nous sommes prisonniers est plus réelle que le « dehors » auquel nous aspirons. La dimension contraignante du temps et son ontologie (savoir quels instants existent, et selon quels types de réalité ces instants existent) sont deux propriétés indépendantes du temps. En une phrase, être prisonnier du présent ne le rend pas plus réel que le passé ou le futur.

 

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Monisme ou pluralisme ontologique ?

Initialement posté sur le blog de François Loth : http://francoisloth.wordpress.com/2011/04/22/la-metaphysique-au-college-de-france/ .

Un certain Carnap défendait en 1950 une sorte de relativisme ontologique : toute science, comprise comme un discours interne, engage l’existence des entités auxquelles elle réfère. Ces entités existent relativement à un discours. Le discours externe, contrairement au discours interne, s’interroge sur l’existence « simpliciter », « en soi », indépendamment de tout discours de référence.

Par exemple, si les électrons existent selon la physique, est-il vrai que les électrons existent tout court ? Pour Carnap on peut répondre par la positive, mais nous sommes alors dans l’ordre pragmatique et non cognitif : la physique nous est utile, et il est donc pratique d’accepter les entités qu’elle postule. Mais dans une visée de connaissance, il n’y a pas de sens à affirmer que les électrons existent. Ceci est l’ancêtre de la position contemporaine appelée pluralisme ontologique. Selon cette position, lorsque l’on fait de l’ontologie, il ne faut pas s’interroger sur le fait de savoir si une entité X existe ou n’existe pas, mais s’interroger sur sur le type d’existence qu’instancie X. En d’autres termes, il n’y aurait pas une ontologie fondamentale, dont le métaphysicien devrait faire l’inventaire, mais une pluralité d’ontologie incommensurables.

Le monisme est la position contraire, qui s’interroge dans la tradition classique, sur l’existence ou non de certaines entités, en présupposant l’unicité de l’ontologie. Dans les débats contemporains, la plupart des métaphysiciens sont monistes, mais il est intéressant de noter que la métaphysique analytique a introduit la question du relativisme dans l’ontologie elle-même. Mon idée n’est pas ici de défendre le pluralisme (je suis un moniste convaincu), mais de répondre à l’objection de naïveté qui est parfois adressée aux métaphysiciens. La métaphysique contemporaine inclue le domaine de la méta-métaphysique, de la méthodologie de la métaphysique. Ainsi avoir des critiques à l’égard de la métaphysique, c’est déjà se placer sur le terrain de la méta-métaphysique. Il semble incohérent d’être hostile à la pratique métaphysique en bloc. Il est plus pertinent de critiquer la mauvaise métaphysique au profit de la bonne métaphysique, ce qui implique de répondre à un certain nombre de problèmes méthodologiques pour déterminer la nature de cette bonne métaphysique.

Certains métaphysiciens sont très axés sur l’ontologie sur sens commun (par exemple Achille Varzi qui s’intéresse à la manière dont on conçoit naturellement les lieux, les adresses des lieux, ou encore un trou), d’autres sur l’ontologie engagée par les sciences contemporaines (qui va tenter de générer une image de la réalité en accord avec la physique quantique et la relativité, ou même avec les sciences spéciales, s’ils accordent une certaine autonomie ontologique à ces dernières).

Bref, il ne faut pas voir le domaine de la métaphysique analytique comme un champ uniforme : de manière assez saine, il est rempli de tensions, d’oppositions. Il n’y a pas d’accord universel sur la manière de faire de la bonne métaphysique.

Références :

La section Philpapers sur le sujet : http://philpapers.org/browse/ontological-pluralism .

L’article de Carnap :
« Empiricism, Semantics, and Ontology » (1950), Revue Internationale de Philosophie 4 (1950): 20-40. Reprinted in the Supplement to Meaning and Necessity: A Study in Semantics and Modal Logic, enlarged edition (University of Chicago Press, 1956).
http://www.ditext.com/carnap/carnap.html

Matti Eklund (2009). Carnap and Ontological Pluralism. In David John Chalmers, David Manley & Ryan Wasserman (eds.), Metametaphysics: New Essays on the Foundations of Ontology. Oxford University Press.

Jason Turner (2010). Ontological Pluralism. The Journal of Philosophy 107 (1).

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